Dix kilos sur la balance à la gare de Saint-Jean-Pied-de-Port, un genou qui couine dès la première montée et l'impression désagréable de porter la moitié de mon appartement sur le dos. Voilà à quoi ressemblait mon premier trek de cinq jours. J'avais 34 ans, une tente à 2,4 kg, un réchaud à essence et deux livres papier « au cas où ». J'ai jeté un bouquin dans une poubelle à Roncevaux, lessivé, sans le moindre remords.
Depuis, j'ai trimballé mon sac sur une dizaine de parcours, du Mercantour aux Pyrénées ariégeoises, et je suis passé de 14 kg à 7,3 kg en autonomie totale, bouffe et eau comprises. Pas en achetant tout le magasin en Dyneema. En changeant d'abord ma façon de compter, ensuite mon matériel. Et honnêtement, j'ai fait pas mal de conneries entre les deux.
Points clés à retenir
- Viser un poids de base sous les 6 kg (tout sauf eau et nourriture) : c'est la cible réaliste pour trois saisons en France.
- Le poids se gagne surtout en supprimant des objets, pas en les remplaçant par des versions plus chères.
- L'eau et la nourriture sont les deux postes les plus lourds : les raisonner en jours d'autonomie, pas en grammes.
- Un sac réglé correctement change la journée bien plus qu'un kilo en moins.
- La liste définitive se construit en pesant chaque objet et en notant ce que vous n'avez pas utilisé.
La première astuce pour voyager léger en trek : peser avant de rêver
Le déclic est venu d'une balance de cuisine. Pas d'une vidéo YouTube, pas d'un forum. Une balance à 15 euros posée sur la table du salon, un carnet et une heure devant moi.
J'ai pesé chaque objet, un par un, et noté les grammes. Résultat : 2,1 kg rien qu'en vêtements « de rechange », dont un pull que je n'ai jamais enfilé, même à 3 000 mètres. Et 900 g de trousse de toilette. 900 g. Pour un trek.
Le poids de base, seul chiffre qui compte
Il faut séparer ce qui est fixe de ce qui fond. Le poids de base, c'est votre sac sans l'eau ni la nourriture consommable ; c'est lui que vous pouvez vraiment maîtriser. Le poids des consommables se pilote autrement, j'y reviens plus bas.
Repère concret : un poids de base entre 5 et 6 kg vous permet de tenir huit à dix jours en autonomie partielle sans souffrir. Au-delà de 8 kg de base, chaque jour supplémentaire devient une négociation avec vos épaules. En dessous de 4 kg, vous êtes dans une démarche ultra-light assumée, avec des compromis réels sur le confort.
Autre repère que j'utilise : le sac chargé complet ne devrait pas dépasser 20 % de votre poids de corps. À 70 kg, ça plafonne à 14 kg. J'ai longtemps cru que c'était un mythe de forum. Non : au-delà, mes tendons d'Achille me le rappelaient chaque soir.
Tableau de grammages réalistes par catégorie
Voici les fourchettes que j'ai fini par stabiliser sur mes propres sorties, pour un trek de trois saisons en moyenne montagne. Ce sont des ordres de grandeur, pas une liste d'achat.
| Catégorie | Version « lourde » (départ) | Version allégée | Gain typique |
|---|---|---|---|
| Abri (tente) | 2 400 g | 900 à 1 300 g | 1,1 à 1,5 kg |
| Couchage (sac + matelas) | 1 800 g | 700 à 1 000 g | 800 g à 1,1 kg |
| Sac à dos | 1 600 g | 700 à 1 000 g | 600 à 900 g |
| Vêtements portés + rechange | 2 100 g | 1 200 à 1 500 g | 600 à 900 g |
| Trousse de toilette | 900 g | 200 à 350 g | 550 à 700 g |
| Cuisine (réchaud, popote, gaz) | 1 200 g | 350 à 550 g | 650 à 850 g |
Additionnez la colonne de droite. On parle de 4 à 6 kg économisés sans acheter une seule pièce à 400 euros. Sur mon premier passage, j'ai gagné 3,4 kg juste en supprimant les doublons — la deuxième gourde, le deuxième couteau, la troisième paire de chaussettes.
Trier, éliminer, puis seulement remplacer
La plupart des articles sur le sujet sautent cette étape et passent directement au matériel. C'est une erreur de débutant, et j'en ai été la première victime : j'ai claqué 280 euros dans un matelas gonflable ultraléger avant d'avoir compris que je dormais déjà très bien sur une mousse à 90 euros qui pesait trois fois moins lourd que mon vieux matelas autogonflant.
La règle des doublons et des « au cas où »
Posez tous vos objets sur le sol. Prenez une photo. Puis retirez tout ce qui existe en deux exemplaires. Ensuite, retirez tout ce qui n'a qu'un usage hypothétique.
- Doublons évidents : deuxième couteau, deuxième briquet, deuxième lampe (une frontale suffit), deuxième paire de chaussures de marche.
- Objets « au cas où » : la tente 4 saisons pour un trek de juillet, la polaire de secours qu'on n'a jamais portée, le kit de réparation complet pour trois jours.
- Objets de confort déguisés en essentiels : le coussin, la tasse en inox, le livre papier de 400 pages (je parle d'expérience).
- Le grand classique : le pantalon de rechange. Un seul suffit, et il séchera sur le sac pendant la journée.
Cette étape-là ne coûte zéro euro et fait fondre le sac plus vite que n'importe quel achat. Supprimez d'abord, remplacez ensuite.
Alléger sans se ruiner : où mettre l'argent
Si vous devez dépenser, dépensez dans cet ordre : le couchage d'abord (c'est là que le rapport gain/prix est le meilleur), le sac à dos ensuite, l'abri en dernier. Une tente à 600 euros vous fera gagner 800 g ; un sac de couchage à 200 euros bien choisi vous en fait gagner autant.
Le marché de l'occasion est votre ami. J'ai acheté mon sac actuel, un 45 litres à 890 g, d'occasion à 110 euros au lieu de 260 neuf. Il a fait trois saisons depuis. Le matériel de randonnée se revend énormément parce que beaucoup de gens abandonnent après une sortie — profitez-en.
Eau et nourriture : les vrais postes lourds
Un litre d'eau, c'est un kilo. Deux jours de nourriture, c'est 1,5 à 2 kg. Sur un trek de cinq jours, vous portez donc entre 8 et 12 kg de consommables au départ, même avec un équipement parfait. C'est mathématique.
Raisonner en points de rechargement
Avant de partir, sortez la carte et repérez les points d'eau : sources, refuges, villages. La vraie astuce n'est pas d'emporter une gourde plus légère, c'est de ne jamais porter plus d'un litre et demi d'avance quand vous savez qu'il y a de l'eau dans six heures de marche.
Deux réglages qui m'ont changé la vie : une poche à eau souple de 2 L (75 g vide, se replie à rien) et un système de filtration léger. En France, sur la plupart des parcours balisés, on trouve de l'eau potable tous les jours ou presque. J'ai longtemps porté 3 litres « par sécurité ». Trois kilos d'angoisse.
Le calcul des rations
Comptez 600 à 800 g de nourriture par jour pour un trek soutenu. Au-delà, vous portez du poids mort ; en dessous, vous finirez en hypoglycémie au col.
Ce qui marche pour moi :
- Le premier jour, j'emporte du frais (fromage, pain) et je le mange avant qu'il ne pèse.
- Pour les jours suivants, uniquement du déshydraté et des barres — mais goûtées avant le départ, j'ai déjà jeté trois jours de repas immangeables à mi-parcours.
- Un seul réchaud à gaz, une popote de 750 ml, et je cuis une fois le soir. Pas de café du matin : j'ai renoncé, ça me coûtait 250 g de matériel pour un plaisir discutable à 6 h dans le brouillard.
Le portage compte plus que le poids
Un sac de 9 kg mal réglé fatigue plus qu'un sac de 11 kg bien réglé. J'ai appris ça à mes dépens sur une boucle dans le Vercors : cinq jours de douleurs entre les omoplates, alors que le sac ne pesait que 8,6 kg.
Ce qui change tout, concrètement :
- La sangle de ceinture porte 70 à 80 % du poids. Si vous sentez le poids sur les épaules, votre ceinture est trop haute ou desserrée.
- Le haut du sac doit arriver au niveau des omoplates, pas plus haut : sinon vous basculez en arrière dans les descentes.
- Les objets lourds (eau, nourriture) contre le dos, au milieu, jamais en bas du sac.
- Resserrez les sangles de compression à chaque arrêt : un sac qui ballotte, c'est un sac qui pèse plus lourd qu'il ne l'est.
Une autre erreur que j'ai faite : partir avec des chaussures neuves. Elles pèsent ce qu'elles pèsent, mais elles vous coûtent deux jours de marche et un ongle. Le poids ne se rattrape pas avec des ampoules.
Ce qui n'a pas marché chez moi (et pourquoi)
Il faut que je sois honnête, parce que les articles qui ne racontent que les réussites sont inutiles.
Le tarp. J'ai voulu passer de la tente au tarp pour gagner 900 g. Premier trek, première nuit de pluie soutenue en Ariège : réveillé à 3 h du matin, tout trempé, le duvet à 200 euros bon pour le sèche-linge de la vallée. J'ai revendu le tarp. La tente à 1,2 kg me convient très bien, et j'assume de porter ces 300 g de plus.
Le sac de couchage en duvet d'été. Ultra léger sur le papier, mais je suis frileux. Trois nuits à 4 °C m'ont suffi pour comprendre que gagner 200 g au prix de nuits blanches n'a aucun sens. J'ai repris un modèle plus chaud, 150 g de plus, sommeil retrouvé.
Les chaussettes en mérinos à 28 euros. Elles sont excellentes. Mais à ce prix, j'en ai acheté une paire et j'ai continué à laver celle que je portais chaque soir. Deux paires classiques auraient été plus intelligentes.
La leçon générale : l'ultra-léger n'est pas un objectif en soi. C'est une négociation entre le poids, le confort et le budget, et vous seul connaissez votre curseur. J'ai croisé des gens très heureux avec 12 kg sur le dos. Ils marchaient à leur rythme et rentraient entiers.
Le rituel qui fait vraiment la différence
Un carnet, un crayon, et une habitude : à la fin de chaque journée de trek, je note les trois objets que j'ai utilisés et, surtout, ceux que j'ai portés sans jamais les sortir. Au bout de trois sorties, la liste se stabilise toute seule.
Sur mon dernier parcours de huit jours, j'avais tout utilisé sauf une chose : un couteau multifonction de 210 g. Le suivant, il est resté à la maison. Le sac pesait 6,9 kg au départ, avec l'eau et la nourriture. J'ai fini à 5,1 kg le dernier jour — le poids qu'on ne peut pas éviter, celui qui fond en marchant.
Et vous, qu'est-ce que vous avez porté pour rien la dernière fois ? Si la réponse vous vient immédiatement, vous avez déjà trouvé votre premier kilo.