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Randonnée en Islande au printemps : le guide des paysages revisités

L'Islande au printemps n'est pas un été au rabais : c'est une saison à part, avec ses sentiers côtiers praticables, ses aurores et sa lumière unique. Voici ce que j'ai appris en révisant tous mes plans de trek.

Randonnée en Islande au printemps : le guide des paysages revisités

Il y a trois ans, j'ai réservé un vol pour Reykjavik fin mars en imaginant des journées de randonnée tranquilles sous le soleil bas de l'Arctique. Sur place, un guide local m'a regardé avec un mélange de pitié et d'amusement : « La route vers Landmannalaugar ? Elle ouvre en juin, mon gars. Pas avant. » J'avais planifié deux semaines de trek dans des zones encore ensevelies sous la neige, sur des pistes F fermées, avec des refuges dont les portes étaient cadenassées depuis octobre.

Ce que j'ai appris cette semaine-là — en marchant beaucoup plus bas, beaucoup plus près de la côte — vaut tous les itinéraires génériques qu'on trouve en ligne. La randonnée en Islande au printemps, ce n'est pas une version dégradée de l'été. C'est une saison à part entière, avec ses propres règles, ses propres terrains praticables, et une lumière qui n'existe nulle part ailleurs dans l'année.

Points clés à retenir

  • Les routes F de l'intérieur (F208, F210, route 35 / Kjölur) sont fermées au printemps : Landmannalaugar et Kerlingarfjöll restent inaccessibles en voiture jusqu'à fin juin.
  • Mars est encore hivernal, avril est la vraie transition, mai ouvre la majorité des sentiers de basse altitude.
  • Les randonnées côtières et de basse altitude (Esja, Skaftafell partiel, péninsules) sont praticables dès mars-avril avec le bon équipement.
  • Le printemps, c'est 11 à 18 heures de jour selon le mois, des aurores boréales encore visibles en mars-avril, et beaucoup moins de monde sur les sentiers.
  • La crue des rivières au printemps est le danger principal, pas la neige.

Pourquoi le printemps est la saison la plus sous-estimée pour la randonnée en Islande

La plupart des classements saisonniers rangent le printemps en bas de liste, souvent noté 2 sur 5. Je pense que c'est une erreur de perspective : ces tableaux notent le printemps à l'aune des attentes de l'été (sentiers secs, refuges ouverts, accès total), au lieu de le juger pour ce qu'il est réellement.

Ce que le printemps apporte, l'été ne le peut pas. D'abord, la lumière : en avril, tu marches encore avec des aurores boréales après une randonnée en fin d'après-midi — chose impossible en juillet où il fait jour presque 21 heures. Ensuite, la rareté humaine : sur les sentiers de basse altitude en mars-avril, j'ai croisé en moyenne deux personnes par jour. En août, sur les mêmes parcours, c'est une dizaine à la douzaine par heure.

Une lumière qui change tout

Le soleil de printemps en Islande reste bas sur l'horizon, et cette inclinaison produit une lumière rasante orange-blanche sur la neige résiduelle. Les paysages paraissent plus profonds, plus sculptés. Et ça dure : entre l'aube tardive et le crépuscule précoce, tu as encore une vraie fenêtre de marche, contrairement à décembre.

Le calme, avantage non négociable

Les bus touristiques ne circulent pas encore en masse, les parkings de départ sont presque vides, et les rares hébergements ouverts pratiquent encore des tarifs basse saison. Sur une semaine, j'ai économisé environ 40 % sur le logement par rapport à mon précédent voyage en juillet.

Mars, avril, mai : ce qui change vraiment d'un mois à l'autre

Dire « printemps » sans préciser le mois, c'est comme dire « vacances » sans dire où. Les trois mois n'ont rien à voir.

Mars, avril, mai : ce qui change vraiment d'un mois à l'autre
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Critère Mars Avril Mai
Températures moyennes (Reykjavik) Autour de 0 à 3 °C 2 à 6 °C 5 à 9 °C
Heures de jour 11 à 13 h 13 à 16 h 16 à 19 h
Aurores boréales Encore régulières Possibles début avril Quasi impossibles
Routes F intérieures Fermées Fermées Généralement fermées jusqu'à juin
Sentiers basse altitude Partiellement enneigés Mixte neige/boue Majoritairement praticables
Refuges (Ferlir, Þórsmörk, etc.) Fermés Fermés Ouverture progressive fin mai

Mars : encore l'hiver sur les hauteurs

Mars, c'est le mois à double visage. En bord de mer, tu marches dans la neige fondante avec des rafales à 60 km/h. À 400 mètres d'altitude, tu es en plein hiver. Je me souviens d'une montée sur l'Esja début mars où j'ai dû rebrousser chemin : la couche de neige dépassait la cheville, sans crampons, c'était irresponsable. L'avantage de mars, lui, c'est le ciel nocturne.

Avril : la vraie transition

Avril est mon mois préféré. Les sentiers côtiers redeviennent praticables, la neige recule en dessous de 300 mètres, et les cascades gonflées par la fonte sont spectaculaires. En revanche, la fonte crée un problème sous-estimé : les traversées de rivières deviennent vraiment dangereuses. Un petit ruisseau tranquille en août peut être un torrent à 4 °C en avril.

Mai : la fenêtre s'ouvre vraiment

Fin mai, la majorité des sentiers de basse et moyenne altitude sont ouverts. Certains refuges commencent à accueillir du monde. C'est le mois où je recommanderais le printemps à quelqu'un qui n'a jamais mis les pieds en Islande.

Où randonner au printemps : les sentiers réellement praticables

Voilà l'information qui manque presque partout : quels sentiers sont vraiment accessibles entre mars et mai, et lesquels relèvent du fantasme estival.

Où randonner au printemps : les sentiers réellement praticables
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À éviter absolument avant juin

  • Landmannalaugar : inaccessible par la F208 ou la F210, refuges fermés, zone encore enneigée. Oublie.
  • Laugavegur dans son intégralité : impraticable.
  • Kerlingarfjöll : même problème, route F fermée.
  • Askja et l'intérieur des Hautes Terres : accès nul avant juillet la plupart des années.

Ce qui fonctionne vraiment

  1. Mont Esja (près de Reykjavik) : praticable jusqu'à ~400 m d'altitude en avril avec crampons. Vue sur la baie magnifique.
  2. Péninsule de Reykjanes : terrain volcanique, peu de neige, sentiers balisés accessibles presque toute l'année.
  3. Skaftafell (partie basse) : sentier vers Svartifoss praticable dès avril ; le reste du parc reste enneigé plus haut.
  4. Randonnées côtières de l'Est : sentiers de fjords praticables en mai.
  5. Snæfellsnes : portions basses accessibles en avril, sommet du glacier non.

La question que tout le monde se pose sur avril

En lisant les avis en ligne, je tombe toujours sur les mêmes interrogations. Est-ce que ça vaut le coup d'y aller en avril, ou est-ce qu'on va juste patauger dans la gadoue avec une visibilité nulle ?

Mon avis honnête après deux voyages de printemps : oui, mais avec des attentes réalistes. Tu ne feras pas de grande traversée. Tu feras des randonnées de 3 à 6 heures par jour, souvent dans un mélange de neige, boue et herbe rase. Tu auras de la pluie, du vent, parfois de la neige. Mais tu verras des paysages que les visiteurs d'été ne verront jamais — avec 80 % de monde en moins.

Matériel et sécurité : ce qui distingue le printemps de l'été

Le printemps ne pardonne pas l'improvisation. En été, tu peux partir avec des chaussures moyennes et une veste imperméable. Au printemps, chaque détail compte.

Matériel et sécurité : ce qui distingue le printemps de l'été
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Équipement non négociable

  • Crampons légers (indispensables en mars et avril au-dessus de 300 m)
  • Bâtons de marche : pour tester le sol avant de t'y engager, notamment sur les névés
  • Chaussures montantes imperméables — pas des chaussures de trail basses
  • Couches thermiques, gants imperméables, bonnet, et une veste coupe-vent respirante
  • Boussole ou GPS : les sentiers balisés de printemps sont souvent recouverts de neige

La règle que j'ai apprise à mes dépens

Ne jamais traverser une rivière seul au printemps. J'ai fait l'erreur en avril sur le sentier de Skaftafell : une rivière qui, en août, se traverse à pied sec, m'est arrivée à la taille. J'ai eu chaud. Trop chaud même — l'eau était à 3 °C. Depuis, je vérifie systématiquement le débit sur les sites des parcs nationaux islandais, qui publient des avis de sécurité quotidiens à partir de mars.

Météo, lumière et aurores : ce qu'il faut vérifier avant de partir

La météo islandaise change plusieurs fois par jour, et le printemps accentue cette instabilité. Un matin ensoleillé à Reykjavik peut se transformer en tempête de neige à 50 kilomètres de là en deux heures.

Les sources de vérité

  • vedur.is : site officiel de météo islandaise, référence absolue pour la route et le vent
  • road.is : état des routes en temps réel, indispensable pour vérifier les F avant même de penser à y aller
  • safetravel.is : recommandations de sécurité, formulaire de plan de voyage à laisser avant chaque randonnée isolée

Pour les aurores, l'indice Kp n'est qu'un facteur. Ce qui compte vraiment, c'est la couverture nuageuse locale — et en avril, elle reste importante. Les meilleures chances se situent en mars, quand les nuits sont encore assez longues et sombres.

En bref

La randonnée en Islande au printemps n'est ni une version dégradée de l'été ni un pari insensé. C'est une saison à part, avec des règles propres. Marche bas, marche côtier, vérifie les routes F avant de rêver, et accepte que la neige décide parfois à ta place.

Le guide qui m'avait averti à mon arrivée fin mars avait raison sur les routes. Il avait tort sur une chose : il m'a dit que je perdais mon temps. J'ai passé six jours à marcher dans des paysages que j'aurais payé cher pour avoir en juillet, avec deux personnes croisées en tout. Le printemps, ce n'est pas le mauvais moment pour découvrir l'Islande à pied. C'est juste le moment où il faut arrêter de lire les itinéraires écrits pour une autre saison.

Hélène Baudry

Hélène Baudry

Hélène Baudry est une passionnée d'exploration des îles tropicales et d'aventures en solo. Son expertise dans l'art de l'exploration l'a menée à découvrir des lieux insoupçonnés et à partager ses expériences avec un public avide de voyages. En cultivant une connexion profonde avec la nature, elle inspire les autres à embrasser l'inconnu avec courage et curiosité.

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