Un chauffeur de furgonnette m'a déposé au bord d'un lac, à Theth, sans un mot. Il a pivoté dans la poussière et il est reparti. Pas de panneau, pas de guichet, pas d'horaire affiché. J'ai attendu quarante minutes en me demandant si j'allais devoir dormir là. Puis une femme est sortie d'une maison en pierre, m'a fait signe, et m'a servi un café trop sucré sans me demander mon avis.
Voilà ce que veut dire « hors des sentiers battus » en Albanie. Pas une liste de lieux secrets, pas un spot que vous serez seul à photographier : un pays où l'infrastructure touristique est encore en train de se poser, et où le simple fait de sortir de la boucle Tirana–Berat–Saranda vous met dans une autre logique. On m'a souvent posé la question dans les commentaires de mon blog : « mais concrètement, on fait quoi ? ». Alors je réponds concrètement.
Points clés à retenir
- Les quatre spots qui reviennent partout (Berat, Gjirokastra, Butrint, Ksamil) restent beaux, mais ils ne sont plus « cachés ».
- La vraie découverte se joue dans les vallées intérieures et le nord : Zagoria, Përmet, Theth, Voskopojë.
- Le bus existe à peu près partout, mais il faut accepter les horaires flous et les départs le matin.
- Août sur la Riviera = embouteillages. Juin, septembre et octobre changent complètement l'expérience.
- Une voiture n'est pas obligatoire si vous acceptez de construire votre itinéraire autour des lignes de bus.
Comment sortir des sentiers battus en Albanie sans se compliquer la vie
La règle numéro un, celle que j'ai apprise à mes dépens : ne pas chercher l'inédit à tout prix. Ma première erreur, en arrivant, a été de vouloir absolument éviter les endroits « connus ». Résultat : trois jours à tourner en rond dans des villages sans intérêt particulier, à chercher un secret qui n'existait pas. La bonne approche est plus banale. Vous prenez les sites classiques, et vous ajoutez un cran de profondeur : le village juste à côté, la vallée d'après, la route qui continue.
La méthode du cran suivant
Concrètement, ça donne ça. Tout le monde va à Gjirokastra. Presque personne ne pousse jusqu'à Zagoria, une région de villages en pierre à une heure de route au nord-est, avec des maisons à toit de lauzes, des églises minuscules et des routes qui se transforment en piste. Tout le monde descend à Saranda. Peu de gens remontent vers Përmet, à l'intérieur des terres, où l'on trouve des sources thermales gratuites et un marché où l'on vous vend des confitures maison sans étiquette.
Le trajet compte autant que la destination. Sur la route de Përmet, j'ai mis deux heures de plus que prévu parce que le revêtement s'arrête net à un moment, et j'ai trouvé ça parfait. C'est ça, le hors-piste albanais : pas un lieu tenu secret, une route qui ne vous facilite pas la tâche.
Ce que la carte ne montre pas
Les distances en Albanie sont trompeuses. 80 kilomètres peuvent prendre une heure et demie, ou trois heures. La qualité de la chaussée change d'une vallée à l'autre, et les applications de navigation ne le savent pas toujours. J'ai un jour prévu un trajet de deux heures qui en a pris quatre, avec un arrêt forcé dans un garage de village où le mécanicien a réparé un pneu en fumant une cigarette et en me racontant sa famille installée en Grèce.
Deux conseils qui valent ce qu'ils valent : prévoyez une marge d'environ 50 % sur vos temps de trajet estimés, et ne planifiez jamais deux étapes le même jour dans le nord ou dans les vallées profondes.
Quelles sont les 10 choses incontournables à faire en Albanie ?
La question revient sans arrêt, alors voici ma version. Pas un classement officiel, juste ce que je referais, en mélangeant le connu et le moins connu.
- Dormir une nuit à Berat, dans une maison ottomane, et sortir le matin avant les groupes.
- Monter au château de Gjirokastra à l'ouverture, quand la brume est encore accrochée à la ville basse.
- Prendre le bateau sur le lac de Koman : c'est spectaculaire et ça reste accessible.
- Randonner dans la vallée de Valbona et traverser vers Theth si la saison le permet.
- Manger chez l'habitant à Përmet, sans carte, sans menu.
- Se baigner sur la côte ionienne, mais hors de Ksamil : les plages entre Himarë et Qeparo sont souvent presque désertes en juin.
- Visiter Butrint, tôt le matin, en acceptant qu'il ne soit plus un secret.
- Pousser jusqu'à Voskopojë et ses églises peintes, loin des circuits côtiers.
- Traverser Zagoria en voiture, en prévoyant du temps pour s'arrêter n'importe où.
- Passer une journée entière à Tirana sans chercher à visiter : un café le matin, le marché, une promenade à pied sans itinéraire.
Ce qui me frappe, en relisant cette liste : six des dix se font hors des mois de juillet et août. Ce n'est pas un hasard.
Quels sont les points négatifs de l'Albanie ?
Je vais être direct, parce qu'on m'a reproché par le passé d'être trop enthousiaste sur ce pays. L'Albanie est magnifique et elle est parfois franchement pénible. Les deux vont ensemble.
Les vraies frictions, sans enrobage
- Les déchets. Dans certaines vallées, sur le bord de la route, vous verrez des dépôts sauvages. C'est un fait, pas un jugement sur les habitants.
- Les chiens errants, nombreux, parfois intimidants en zone rurale.
- Les horaires de bus. Un bus annoncé à 9 h peut partir à 8 h 40. Ou ne pas venir.
- La conduite. Je n'ai jamais eu peur au volant ailleurs en Europe comme sur certaines routes albanaises.
- Le bruit et les travaux en été sur la côte : le littoral se construit vite, très vite.
Rien de tout ça n'est rédhibitoire, mais si vous partez avec l'image d'une destination paisible et parfaitement organisée, vous allez être déçu. Le pays est encore en transition, et ça se voit. C'est aussi, paradoxalement, ce qui rend le voyage intéressant.
Faut-il reporter son voyage pour autant ?
Non. Mais adaptez-vous. Je recommande de ne pas prévoir de trajet en bus le jour d'un vol retour, par exemple. J'ai vu des gens rater un avion à Tirana pour cette raison exacte. Prévoyez large, toujours.
Quelles sont les activités insolites à faire en Albanie ?
Là, on entre dans ce que je préfère. Ce ne sont pas des attractions : ce sont des expériences qui n'existent nulle part ailleurs sous cette forme.
Dormir dans un bunker, ou presque
L'Albanie est couverte de bunkers construits sous l'ancien régime. Certains ont été transformés, d'autres sont simplement là, dans un champ, au bord d'une plage. En visiter un est une chose, mais comprendre pourquoi ils sont partout en est une autre. Un guide local, à Durrës, m'a raconté en une heure ce qu'aucun panneau ne m'aurait expliqué.
Se baigner dans une source thermale gratuite
Près de Përmet, des sources d'eau chaude sortent de la roche et descendent vers une rivière. Pas d'entrée, pas de personnel, pas de transat. Vous vous asseyez dans le courant tiède et vous attendez. Moi, j'y ai passé une heure et demie sans m'en rendre compte.
Les villages où il n'y a pas d'hôtel
Dans certaines zones de Zagoria, il n'existe pas d'hébergement classique. Vous dormez chez des gens. C'est parfois rudimentaire. C'est toujours mémorable. Le propriétaire d'une chambre m'a fait visiter son église familiale, une chapelle de la taille d'un placard, peinte à l'intérieur.
Quel est le plus bel endroit d'Albanie ?
Je vais vous donner une réponse qui ne plaira pas à tout le monde : il n'y en a pas un seul. Et pourtant, si on me pousse, je choisis une route plutôt qu'un lieu : la descente vers la vallée de Valbona, au tout début de la matinée, quand les crêtes sont encore dans l'ombre et que la vallée, en bas, est déjà éclairée.
Le lac de Koman est plus spectaculaire sur une photo. Le vieux Gjirokastra est plus émouvant. Butrint est plus instructif. Mais la vue depuis cette route-là m'a arrêté net, et j'ai mis dix minutes à repartir, moteur coupé, sans rien dire.
| Lieu | Ce qu'on y gagne | Ce qu'on y perd | Meilleure période |
|---|---|---|---|
| Vallée de Valbona / Theth | Paysages, silence, randonnée | Confort, routes, réseau | Juin à septembre |
| Përmet | Marché local, sources, cuisine simple | Peu d'hébergements, pas de plage | Printemps et automne |
| Zagoria | Architecture en pierre, villages vides | Routes en mauvais état | Mai à octobre |
| Riviera (Himarë à Qeparo) | Mer, criques, peu de monde hors août | Béton, circulation en plein été | Juin, septembre |
Peut-on visiter l'Albanie sans voiture ?
Oui, et c'est même une façon de voyager qui ralentit le rythme de façon intéressante. Le réseau de furgonnettes et de bus relie à peu près toutes les villes moyennes. Les lignes partent tôt le matin, souvent d'une gare routière périphérique, et il faut demander autour de soi pour connaître l'horaire réel.
Sans voiture, vous abandonnez l'idée de tout voir. Vous en voyez moins, et mieux. J'ai fait un séjour de deux semaines en bus entre Tirana, Berat, Gjirokastra et Përmet : ça marche, à condition d'accepter de passer une demi-journée à attendre.
Quand partir pour éviter la foule et les mauvaises surprises
Le calendrier compte plus que l'itinéraire, en Albanie. Sur la côte, août est à éviter si vous cherchez le calme. En juin et en septembre, la mer reste chaude et les chemins sont praticables. En octobre, les vallées du nord commencent à fraîchir mais restent accessibles. En avril, la côte est encore fraîche, le nord souvent enneigé, et certains cols ne sont pas ouverts.
Pour le nord montagneux, la randonnée se pratique à peu près de juin à septembre. En dehors de cette fenêtre, la neige peut bloquer les routes. Je l'ai appris en arrivant trop tôt une année, à une barrière de neige qui n'allait pas fondre avant plusieurs semaines.
La question à se poser avant de partir
À la fin, ce n'est pas une liste de lieux qui décide du voyage. C'est ce que vous êtes prêt à accepter : un horaire qui n'existe pas, une route qui s'arrête, un café servi sans qu'on vous demande votre avis. Le vrai hors-piste albanais n'est pas géographique. Il est dans la disponibilité.
Et si vous ne devez retenir qu'une chose de cet article, prenez celle-ci : poussez d'un cran au-delà de ce que votre guide indique. Une heure de route de plus, un village après le site classique, une vallée après la plage. C'est là que je suis tombé sur les meilleurs moments du pays, et jamais dans un endroit qui figurait sur une liste.