Un couple m'a arrêté au miradouro de Ponta do Pargo, carte papier dépliée sur le capot d'une voiture de location. Ils cherchaient le « vrai Madère ». Je leur ai dit la même chose qu'à tous ceux qui me posent la question : le vrai Madère, c'est une histoire de parking.
Parce que le tourisme à Madère a explosé depuis quelques années. En été, les parkings de Pico do Arieiro ou de la cascade de Risco débordent dès 8 h du matin, et les files d'attente au téléphérique de Funchal ressemblent à celles d'un aéroport un jour de grève. Alors quand on me demande que faire à Madère hors des sentiers battus, je réponds rarement par une liste de lieux. Je réponds par une méthode.
Voilà, avouons-le : « hors des sentiers battus », sur la plupart des blogs, ça veut dire « moins de monde mais toujours pareil ». Les mêmes cinq spots reviennent partout, encensés comme des secrets, et vous arrivez sur place pour partager le spot avec quarante personnes en quête du même secret. Je préfère vous expliquer comment je déniche les miens, et vous donner cinq adresses concrètes qui tiennent leurs promesses.
Points clés à retenir
- Le vrai critère d'un lieu hors des sentiers battus n'est pas sa rareté, mais l'heure et la saison à laquelle vous y allez.
- Deux lieux discrets et accessibles sans randonnée : Rocha do Navio (téléphérique de Santana) et Achadas da Cruz.
- Pour un côté insolite et authentique, un déjeuner dans une maisonnette de Santana vaut mieux qu'un restaurant touristique de la marina.
- Madère fonctionne très bien sous la pluie : botanique, thermes et vieilles maisons couvertes.
- Évitez les mois de plein été pour les sites phares et privilégiez tôt le matin ou octobre-novembre.
- Trois jours suffisent pour sortir des circuits balisés, à condition de louer une voiture et de partir tôt.
Comment reconnaître un vrai lieu hors des sentiers battus (et non un secret déjà pillé)
Mon test tient en une question : combien de temps puis-je y rester sans voir un minibus de groupe ? Si la réponse dépasse l'heure, le lieu est encore un peu à vous. Si un bus débarque toutes les vingt minutes, votre « secret » est déjà sur les circuits organisés.
Le problème, c'est que la plupart des listes classent un lieu comme « hors des sentiers battus » parce qu'il est peu photographié. Or, sur une île de 740 km², tout finit par se savoir en quelques saisons. La vraie question n'est donc pas où, mais quand et comment.
Les trois règles de timing qui changent tout
J'ai mis du temps à comprendre, et j'ai fait l'erreur classique au début : je réservais mes journées de randonnée au feeling. Résultat, je me suis retrouvé trois fois au même belvédère à midi, entouré de monde, persuadé que Madère était saturée. C'était faux.
- Avant 9 h, la majorité des sites se vident de leurs groupes, encore endormis après le petit-déjeuner à Funchal.
- Après 15 h, les excursions repartent vers la capitale, ce qui libère les levadas les plus fréquentées.
- Hors juillet-août et hors jours fériés, y compris pour les lieux dont tout le monde parle.
Et une nuance que personne ne mentionne : l'affluence d'un lieu dépend aussi de la météo. S'il pleut au nord, tout le monde se rabat sur le sud. Anticipez en fonction des nuages, pas seulement de l'heure.
« C'est moins touristique mais pas vraiment secret » : vrai ou faux ?
Vrai, et c'est important de le dire franchement. Les lieux dont je vais parler existent sur les cartes, sont accessibles et figurent dans des guides. Ils ne sont pas des trésors cachés au sens strict. Ce qui les rend agréables, c'est le rapport entre leur beauté et le nombre de personnes présentes au moment où vous y êtes. C'est un jeu de dosage, pas de localisation.
Bref, si l'on vous vend un lieu « que les locaux gardent pour eux », méfiez-vous. Les locaux le fréquentent, mais surtout à des heures où vous n'y pensez pas.
Cinq lieux insolites à Madère, accessibles sans randonnée
Tout le monde n'a pas envie de marcher huit heures. Et honnêtement, une partie du meilleur de l'île se visite en voiture, parking à cinq minutes du point de vue. Voici cinq arrêts que je refais à chaque séjour.
Rocha do Navio, un téléphérique posé au-dessus de la mer
À Santana, au nord-est, un petit téléphérique descend vers une langue de terre cultivée, presque coupée du monde, où quelques vignes et bananiers survivent entre deux falaises. Ce qui m'a marqué la première fois, c'est le silence : pas de cri de vendeur, juste le bruit du câble et l'océan. La descente se fait en quelques minutes, et l'on remonte par le même chemin. Peu de monde si vous partez le matin. Attention, ça ne fonctionne pas en cas de vent fort — le téléphérique peut fermer, et personne ne vous préviendra avant que vous soyez devant.
Achadas da Cruz, la descente la plus vertigineuse de l'île
Côté ouest, un autre téléphérique plonge vers une petite plage de galets, presque verticalement. La vue depuis la cabine serre l'estomac. En bas, on trouve ce qui reste d'une activité agricole minuscule : quelques cultures accrochées à la falaise, littéralement. J'y ai passé une heure à ne rien faire d'autre que regarder la mer. Aucune randonnée nécessaire, mais prévoyez une veste : le vent est constant.
Calhau da Lapa, l'ancien port secret de Campanário
Sur la côte sud, près de Campanário, un sentier discret mène à une petite crique où se trouve un ancien entrepôt de marchandises, aujourd'hui en ruine. On descend par un chemin bétonné assez raide, mais court. Une fois en bas : eau claire, falaises, et souvent personne. C'est mon lieu « coupe du monde » pour un pique-nique. Méfiez-vous de l'accès si la mer est agitée, et ne descendez jamais par temps de houle.
Garganta Funda, la cascade sans la foule des levadas
À l'ouest, une cascade tombe d'une falaise dans un cirque de verdure. On y accède par un sentier court depuis un petit parking, sans la foule des grandes levadas. Ce n'est pas un secret, mais le lieu se vide vite parce qu'il n'y a rien d'autre à faire sur place : c'est un arrêt photo, pas une journée. Combinez-le avec Ponta do Pargo, le phare le plus à l'ouest de l'île, à un quart d'heure de route.
Porto da Cruz, un village vivant plutôt qu'un décor
Au nord-est, ce village garde une vieille usine de canne à sucre et un front de mer où l'on mange du poisson grillé sans chichi. Ce n'est pas insolite au sens spectaculaire, mais c'est le genre d'endroit où l'on reste plus longtemps que prévu. J'y retourne pour le marché et pour l'ambiance, pas pour un monument.
| Lieu | Zone | Randonnée nécessaire ? | Mon meilleur créneau |
|---|---|---|---|
| Rocha do Navio | Nord-est (Santana) | Non, téléphérique | Matin, hors vent fort |
| Achadas da Cruz | Ouest | Non, téléphérique | Fin d'après-midi |
| Calhau da Lapa | Sud (Campanário) | Courte descente raide | Tôt le matin, mer calme |
| Garganta Funda | Ouest | Non, sentier court | Matin, avec Ponta do Pargo |
| Porto da Cruz | Nord-est | Non | Déjeuner |
Où manger sans tomber dans le piège à touristes
Le pire repas que j'ai fait à Madère était dans un restaurant avec vue sur la marina, à Funchal. Prix double, espadon fade, et un serveur qui venait toutes les cinq minutes. Le meilleur, deux jours plus tard, dans une petite salle sans prétention, avec un seul plat du jour et des gens du coin qui se connaissaient tous.
Ma règle : plus la carte est courte, mieux c'est. Un restaurant qui propose 60 plats n'en cuisine bien aucun.
Santana : déjeuner dans une maisonnette traditionnelle
Dans les environs de Santana, plusieurs maisonnettes triangulaires à toit de chaume ont été transformées en petites tables. Ce n'est pas un restaurant insolite au sens de l'attraction, c'est une cuisine simple, souvent familiale, servie dans un cadre que l'on ne retrouve pas ailleurs. Réservez ou arrivez tôt : la capacité est minuscule.
Les grillades de poisson sur la côte nord
Sur la côte nord, entre Porto da Cruz et Seixal, beaucoup de petits établissements font griller le poisson du jour dehors. Le repère pratique : des tables en plastique, un menu écrit à la main, et des locaux attablés à midi. Franchement, c'est là que j'ai mangé mes meilleurs repas de l'île.
Que faire à Madère quand il pleut ?
Il pleut souvent sur l'île, surtout au nord, et c'est normal. La bonne nouvelle : la pluie ne gâche pas tout. Elle redirige simplement vers d'autres activités.
- Les jardins botaniques de Funchal, où les collections sont en partie abritées et où l'on peut s'attarder des heures.
- Les maisons traditionnelles couvertes, notamment autour de Santana, qui se visitent même sous averse.
- Une journée thermale, pour se réchauffer pendant que le temps se calme.
- Les marchés couverts, comme celui des producteurs à Funchal, à faire le matin.
- Un détour par une cave ou une distillerie de canne : abrité, instructif, et l'on repart avec un souvenir.
Un conseil : ne cherchez pas à « sauver » la journée en roulant vers le sud au hasard. Regardez où sont les éclaircies, décidez en fonction, et acceptez que la météo change deux fois dans la journée. C'est le rythme de l'île.
Visiter Madère sans voiture : est-ce vraiment possible hors des circuits ?
Oui, mais il faut être lucide sur ce que ça implique. Les bus desservent bien Funchal et les principaux villages. En revanche, atteindre Rocha do Navio ou la cascade de Garganta Funda en transport en commun relève du parcours du combattant, avec correspondances et horaires contraignants.
Mon avis, et je le soutiens : si vous visez les lieux hors des circuits, louez une voiture, même pour deux jours seulement. Les routes de montagne sont étroites et sinueuses, il faut le savoir avant de s'engager, mais c'est le prix de la liberté. Pour les plus prudents, une location avec chauffeur sur une journée peut suffire à combiner deux ou trois arrêts éloignés.
Quelle est la meilleure période pour éviter la foule ?
En dehors de l'été, disons d'octobre à novembre, l'île se calme sensiblement tout en gardant des températures douces. C'est ma période préférée. Le printemps fonctionne aussi, mais attention aux jours de fête locale qui remplissent soudainement certaines vallées.
Combien de jours prévoir pour sortir des sentiers battus ?
Trois jours bien organisés suffisent pour goûter à autre chose que les sites phares. En dessous, vous ne ferez que courir. Au-delà de cinq jours, vous commencerez à avoir vos propres adresses, celles que vous ne trouverez sur aucun blog. Et c'est là que le voyage devient vraiment le vôtre.
Mais je vous préviens : la première fois que vous descendrez à Calhau da Lapa à 8 h du matin, seul face à la falaise, il y a de fortes chances que vous passiez la soirée à chercher le prochain lieu que personne n'a encore mis en liste. C'est un piège agréable. Et c'est peut-être ça, au fond, le vrai Madère.